carla bruni

Le 1er avril dernier sortait l’album "Little French Song",  cap périlleux et un brin farceur pour le dernier opus de Carla Bruni ; autant pour elle que pour les critiques et les auditeurs. Il est de bon ton de le détester a priori, à tire d’aile et sans retenir sa plume, au nom de la lutte des classes et du bulletin de vote, pour des motifs compréhensibles mais qui n’ont rien à voir avec la musique.

Or, dès la première écoute, on retrouve sur les chansons de Carla Bruni cette voix de feutrine qui nous rappelle au bon souvenir d’un quinquennat de chanteuse (2002-2007) qui nous avait tant plu. Cette voix qui nous berce et nous emporte vers l’ailleurs.

La mise en musique de l’album, à base d’arpèges de guitare acoustique, de clavier pianoté, de violoncelle et de less is more, est particulièrement discrète, sobre, mesurée et élégante : elle danse de tout son cœur dans nos oreilles, elle est Dandy !

Bien sûr, on peut difficilement s’empêcher de l’écouter entre les lignes, entre les mots, pour y chercher un sous-texte politique, des sujets de polémique, des explications ou des commentaires cachés sur les années passées. Il y a donc Raymond, cette nouvelle chanson-prénom en quatre consonnes et trois voyelles. Il y a aussi Le Pingouin, qui serait un clin d’œil polaire au successeur de Raymond à l’Elysée, certes un peu manchot au sommet de l’iceberg qui s’enfonce dans la crise.

La chanson la plus éclairante de l’album, c’est peut-être le single Chez Keith et Anita. Carla Bruni y fait rimer “poubelle”, “hôtel”, “Sofitel” et “Bruxelles”. Refrain : “On est là où l’on peut/Mais moi je ne suis pas là/Je suis chez Keith et Anita”, dans le refuge fantasmé d’un swinging-sixties libertaire, et de la culture en général, en fumant, ou pas des cigarettes. Carla Bruni, ex-Première Dame, certes (bien qu’elle chante “Je ne suis pas une dame”), est d’abord ex-fan des sixties, qui chante souvent comme si Gainsbourg était dans l’ombre. Dandy, elle est dandy…

Elle cite le grand Serge dans la chanson qui donne son titre à l’album, en compagnie de Brassens, Brel, Ferré, Prévert, Kosma, Vian, Barbara, Trenet et beaucoup d’autres. La France, elle l’aime et elle l’acquitte. Et Trenet, elle le reprend dans une version de Douce France chantée en italien (encore plus douce, donc) qui nous transporte avec nonchalance, tellement on ne l’a jamais connue, tellement on n’y croit plus, à cette douce France qui était déjà un souvenir à l’époque de Trenet.

Quand Carla Bruni chante la France, c’est en anglais (Little French Song) ou en italien (Dolce Francia), et ça révèle quelque chose d’assez troublant. Comme si elle trouvait la France triste à dormir, alors elle la chante pour la tenir éveillée avec à sa bouche un beau sourire. Entourée de quelques ballades aux airs que rien n’a d’importance, nostalgiques et mélancoliques, toutes terriblement bien écrites (Darling, Prière, J’arrive à toi, La valse posthume, Liberté), Dolce Francia est comme l’album de Carla Bruni et un peu comme la France : malgré tout, malgré la crise, la grisaille, c’est dur de ne pas l’aimer.

Pendant cinq ans, elle a refusé de monter sur les planches. Carla Bruni sera sur la scène du Casino de Paris du 22 au 24 novembre 2013.

C'est de l'élégance...